Good bye Alice, ou le début de la fin des jardins partagés du 18ème

Article écrit à quatre mains par Sara Renaud et Robert Sebbag pour le journal « Le DixHuitième du Mois » (à l’exception des intertitres par Quartiers en Transition)

le_jardin_d_alice_-_apero-anniversaire_-_mars_2012_1_Le 29 novembre, les artistes du Jardin d’Alice, au 40 rue de La Chapelle, rendront les clefs de ce qui fut un lieu de création et de partage pendant presque 5 ans.

Paris-Habitat, propriétaire des lieux, doit y démarrer un chantier de construction de logements sociaux sur cette petite parcelle, occupée par le collectif en fond de cour, ainsi que par trois derniers locataires de longue date.

Le 40 rue de la Chapelle et son fameux jardin sont la survivance d’une époque où La Chapelle et Montmartre n’étaient pas encore rattachés à Paris (1860). Les maisons de faubourg entouraient la ville et les maraîchers et les jardins étaient nombreux là où le tissu urbain s’est maintenant densifié et bétonné. De nombreux vergers existaient dans le nord-est de la capitale jusqu’aux années 1960. Mme Alice Blanc était la propriétaire des 38, 40 et 42 rue de La Chapelle et y a vécu avec son mari jusqu’à sa mort en 2005. Les artistes ont appris par la famille que le couple était amoureux des arts et que la maison fut le QG du général Leclerc lors de la Libération. La haute et belle cave située sous la maison date même du Haut Moyen Age du temps des vignobles dans la région!

Le Jardin existe donc depuis plusieurs siècles mais l’histoire du Jardin d’Alice qu’on connait aujourd’hui commence en mars 2009 : quand cinq artistes précaires (pour certains issus du collectif du 59Rivoli) décident d’ investir illégalement le site, propriété de Paris-Habitat, abandonné et sans projet immédiat. Le collectif y installe des ateliers artistiques mutualisés, nettoie et réhabilite le jardin abandonné en un espace partagé, accueillant, en déplaçant ou en plantant des massifs dans des surfaces où les ailanthes, les orties et les ronces envahissaient tout. Puis sont nées ici des sculptures, des bancs, un plancher, une cabane écolo et… les fameuses toilettes sèches au fond du jardin, qui ont même servi plus tard de modèle pour en promouvoir l’usage dans les jardins Charte Main Verte !

Quatre ans d’échanges, de création… et de repos !

L’ arrivée du collectif a fait de ce jardin privé un lieu ouvert d’échanges, de repos ou de création. Sara, initiatrice et pilier de ce lieu alternatif, souligne le nombre d’espaces pas ou mal utilisés, interstices oubliés, trop petits pour les énormes projets urbains en marche dans le Nord-Est de Paris, mais bien assez grands pour aider les précaires et dynamiser la vie locale. Le collectif d’artistes-squatteurs, ou de « squartistes », est convaincu que les immeubles vides mais viables peuvent et doivent être occupés de façon alternative et collective, au lieu de se dégrader dans l’oubli, en pleine crise du logement.

En 2010, après un an de négociation, et avec le soutien de la Ville et des élus locaux notamment Pascal Julien et Danielle Fournier, la signature d’une Convention d’Occupation Précaire a permis la légalisation du collectif sur le site, et prouvé qu’ une relation de confiance entre occupants et propriétaire est possible.

L’initiative du collectif puis sa légalisation ont permis à des centaines d’artistes de travailler, répéter, créer librement, accueillis en résidence quasi-gratuite et de présenter leurs œuvres au public dans le grand jardin de 800 m2. Il a été un lieu quotidien de jardinage sensible, travail, fête, rencontres, pour les riverains. Pour lire sur un banc, planter, respirer ou écouter les merles.
Des rapprochements se sont créés avec les autres jardins partagés, au sein du grand réseau francilien Graine de Jardins. Ainsi Sara a réalisé le portail du Jardin mobile en un projet participatif que les habitants de la Goutte d’Or ont complété de peintures. Plusieurs projets locaux (moins de 10 000 euros) se sont développés avec la participation logistique et artistique du « JA », comme Dimanche au Kiosque, Quartiers d’Art, ou encore la Rue à l’EnVert,et la fête de quartier la Chapelle. Le petit collectif (dix permanents) a participé activement à la vie locale hors ou dans ses murs, avec la Fête des Vendanges, Musique et Jardin, les Portes d’Or, les Portes ouvertes de la Chapelle, et biensûr les évènements artistiques organisés dans le jardin en moyenne trois fois par mois, accumulant plus de 4000 sympathisants. En quatre ans et demi, entre les voisins, artistes, jardiniers, voyageurs du monde entier, plus de 10 000 personnes sont passées par là.

Paris-Habitat ou les promesses non tenues

Aujourd’hui, une page se tourne, Paris-Habitat doit récupérer le bâtiment. L’engagement moral pris par ses occupants avec Paris-Habitat de quitter les lieux en temps voulu, sera respecté. Les artistes ont déjà commencé 227911-le-jardin-d-aliceà démonter la plupart des installations, pour pouvoir faire place nette. Des négociations avec la Ville ont été entamées depuis un an pour un possible relogement, qui prolongerait le projet collectif dans un autre lieu appartenant à la Ville. A ce jour, une proposition leur a été faite, dans le 12eme arrondissement, mais non encore confirmée, à seulement deux semaines de leur déménagement. Le temps presse !

Le projet architectural et paysager pour le futur est lancé, visible en partie sur http://www.alp-paysagistes.fr/?s=chapelle.
La grande maison en fond de cour, invisible de la rue mais si jolie, sera détruite pour laisser place à un nouveau bâtiment de trois étages. Le jardin de 800m2, restera un espace vert mais sera très différent. Dans le projet de paysagisme futur, les plantes existantes seront quasiment toutes supprimées, à l’exception de quelques plantes et arbres historiques… Plus inquiétant, aucune décision n’a été validée au sein de Paris Habitat ou de la Ville pour maintenir ce jardin accessible au public.

Pour cela, les artistes du JA assument leur nomadisme, sont heureux d’avoir pu profiter du lieu plusieurs années, d’avoir su convaincre les institutions sur le bien-fondé de leur démarche collective, de voir le site connaître un renouveau, et s’apprêtent à partir pour de nouvelles aventures. MAIS l’ absence totale de projet public pour le jardin leur laisse un goût d’ amère déception. C’était la trace qu’ils auraient voulu laisser au quartier : un jardin ouvert.

Le Manifeste des espaces collectifs et partagés

Dès 2012, une volonté existait à la direction de Paris-Habitat, soutenue par un voeu de Monsieur Pascal Julien émis en Conseil du 18eme (du 7 mai 2012), pour accorder une attention particulière au site et penser l’ouverture du jardin au public, expérience jugée positive. Une ouverture encadrée par une association locale, à échelle humaine, qui permettrait à ce jardin de profiter encore au quartier, au lieu de retomber dans l’oubli et la privatisation. Ce vœu est resté lettre morte. Au moment où de nombreux jardins partagés disparaissent dans le 18eme, le Jardin d’Alice figurera malheureusement sur la liste, si Paris-Habitat ne réactive pas cette volonté, et surtout si les habitants du quartier ne protègent pas ce jardin qui est aussi le leur !

Face aux disparitions prochaines ou annoncées du Jardin d’Alice, du Bois Dormoy, de Baudélire, la Goutte Verte, Ecobox, Arrière Cours 93, Théâtre de Verre et Shakirail voisins, une pétition circule jusqu’en novembre, voire plus. Le quartier La Chapelle, comme le 18e arrondissement tout entier, détient le triste record du nombre le plus bas de mètres carrés de verdure par habitant…

Les artistes du JA invitent donc tous les JArdiniers locaux à se mobiliser pour pérenniser l’ ouverture de cet endroit merveilleux en interpelant la Ville et ParisHabitat sur cette question, et en signant la pétition sur :
https://quartiersentransition.wordpress.com/2013/10/10/face-au-beton-et-au-bitume-le-manifeste-des-espaces-collectifs-et-partages-du-18eme/

...et allez au Jardin d’Alice tant qu’il existe encore !

9 réflexions sur “ Good bye Alice, ou le début de la fin des jardins partagés du 18ème ”

    1. Y compris dans le cadre d’une convention d’occupation temporaire ???
      Cela paraît contradictoire …

  1. En effet le cadre juridique de la convention d’occupation temporaire ou « précaire », dit bien son nom : il ne s’agit pas du tout d’une occupation de type locatif, les occupants n’ont aucun droit et ne peuvent prétendre à aucun relogement, c’est du temporaire, précaire, négocié au cas par cas.
    Et en ce qui concerne le jardin, même classé espace vert, rien n’empêche ParisHabitat de le transformer en 800m2 de gazon chiant, fermé toute l’année, si ce n’est la mobilisation des locaux😉
    squat power les amis !
    Sara du Jardin d’alice

    1. Oui mais la Ville a signé la chartre sur la Biodiversité avez vous fait un inv

      entaire serieux entre plante et faune histoire de les emmerder et de retarder

  2. Comment peut-on signer cette pétition. J’ai dit je signe mais je suis pas sûr que celq soit suffisant

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