« L’écologie radicale », pour revenir -enfin- à la racine

Au moment où Les Verts (devenu EELV) « fêtent » leur trente ans, An01La_11032005impossible de ne pas constater que l’écologie incarnée par ce parti semble s’éloigner inexorablement de ses origines. Que porte aujourd’hui EELV dont la seule obsession est d’être aujourd’hui un parti de gouvernement ?

Fascinés par le pouvoir et le sommet de l’État, ses cadres ont finit par en oublier l’essentiel : l’écologie. La nécessité d’opérer à un retour à la racine ne s’est jamais autant fait sentir à l’heure où les compromis et les ambitions d’un parti trentenaire finissent par brouiller la pensée écologiste.

Un livre permet peut être d’imaginer d’autres futurs et d’autres voies en revisitant  mouvements, idées et fondements  : « L’écologie radicale » de Frédéric Dufoing.

Vincent Gerber (auteur d’une récente et très belle biographie intellectuelle de Murray Bookchin, pionnier de l’écologie sociale) avait il y a quelques mois, chroniqué cet ouvrage pour la revue l’An02 :

illico-no-xx-l’ecologie-radicaleL’écologie radicale a près de quarante ans maintenant, et pourtant l’appellation se retrouve peu chez les militant·e·s européen·ne·s. De même, rares sont ceux et celles qui ont cherché à préciser les frontières et les zones communes de ses multiples expressions.

Un pas que Frédéric Dufoing a choisi de franchir avec ce petit livre. Rassemblant six courants parmi les principales composantes de l’écologie radicale, il met en avant les liens entre eux, avec une vision qui se veut plus éclairante que partisane.

Dans un premier chapitre introductif plutôt réussi et complet sur l’histoire du mouvement écologiste, l’auteur s’attelle à montrer ce qui constitue l’écologie radicale en tant que telle. Il la démarque de l’environnementalisme (conservation de la nature) d’une part et de l’écologisme modéré (œuvrant au sein des institutions et attaché à ses valeurs) d’autre part. Admettant que le terme de « radical » est vague, l’auteur étaye surtout sa définition par la description des mouvements de la deep ecology, du biorégionalisme, de l’anarcho-primitivisme, de l’écologie sociale, du décroissantisme (1) et le moins connu éco-agrarianisme de Wendell Berry.

Sur un ton neutre, Frédéric Dufoing identifie bien leurs principes, leurs influences, avec l’honnêteté de ne pas passer sous silence leurs limites ou leurs divergences. On retrouve ainsi plusieurs points d’achoppement qui les distinguent : biocentrisme (deep ecology, biorégionalisme) versus anthropocentrisme (les autres, bien que l’affiliation ne soit pas forcément si nette à mon avis), la question de la voie politique, du rôle de l’État ou encore tout le débat des limites à apporter à la démographie. Il en ressort que les différences entre les mouvements résultent moins de l’identification des problèmes actuels ou du projet de société à mettre en place que de l’identification des causes de ces maux et donc des réponses à y apporter.

Un des reproches à faire au livre – que l’auteur anticipe d’ailleurs en assumant un parti pris subjectif dans la sélection des idéologies étudiées – est l’absence de développement de certains courants majeurs de l’écologie radicale. L’écoféminisme fait notamment figure de grand absent. L’auteur le justifie en considérant qu’il « constitue une branche à part de l’écologisme, qui mérite un traitement que nous ne pouvons donner ici ».

Pourtant, en traitant moins dans le détail la décroissance (dont le chapitre est trois fois plus important que les autres, en partie dû à une grande parenthèse consacrée à Illich), et peut-être en faisant l’impasse sur le cas Wendell Berry (découverte intéressante, mais qui n’apporte guère d’éléments réellement nouveaux), le point de vue original de l’écoféminisme aurait pu figurer au sommaire.

Cela n’enlève pourtant rien à la qualité du travail effectué. C’est peut-être la première fois que ce thème est étudié de façon aussi synthétique et claire en langue française. Surtout, le petit livre de Frédéric Dufoing se situe plus dans une présentation de la « famille » de l’écologie radicale que dans le « choisissez votre camp ». Une approche qui pourrait apporter des pistes aux écologistes radicaux et ouvrir des perspectives communes. Du moins, on l’espère.

L’Écologie radicale
Frédéric Dufoing
Infolio, Gollion (Lausanne), 2012, 60 pages, 10 €

(1) Un terme pas très heureux et semble-t-il inventé par l’auteur, qui entrevoit trois tendances différentes dans la décroissance.

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