Agriculture et relocalisation de l’alimentation : « Il faut cultiver notre jardin urbain »

img_2679Pour engager la transition et tourner le dos au modèle  ultra libéral responsable des multiples crises économiques, sociales et environnementales, l’agriculture urbaine et la relocalisation de l’alimentation sont des éléments clés.

Aux côtés d’autres  collectifs ou structures, tel que Vergers Urbains ou la coopérative alimentaire L’Indépendante, Quartiers en Transition a  développé dans le 18eme arrondissement de nombreuses actions autour de la réappropriation potagère de friches urbaines, de la réintroduction d’arbres fruitiers dans la ville ou encore de l’organisation de dîners locavores.

La journaliste Louise Barraud consacre sur le  site Eco-Quartiers.fr plusieurs articles à ces alternatives qui se développent ici ou ailleurs avec en point de mire, un changement de société articulé autour de l’action collective.

Il faut cultiver notre jardin urbain : argument écologique et nature en ville

Les enjeux de l’agriculture urbaine sont nombreux, et diffèrent d’un pays à l’autre. Ses défenseurs dans les pays du Nord mettent en avant les bénéfices écologiques générés par la production alimentaire en ville dans un souci de développement durable. En effet, l’agriculture urbaine joue un rôle considérable dans la protection de l’environnement, tant par les déchets qu’elle transforme, que par les économies que sa production permet de faire à l’échelle d’une commune.

    La panacée du locavore

Il n’y a encore pas si longtemps de cela, l’agriculture périurbaine était alors l’unique productrice de produits frais et périssables, du fait de sa proximité de la ville. La périphérie constituait une véritable zone de transition car il s’agissant d’un espace de production, mais ses habitants étaient des citadins. Nous parlons aujourd’hui d’agriculture urbaine quand l’agriculture et la ville ont des rapports fonctionnels réciproques, et quand espaces cultivés et bâtis forment ensemble la ville. Avec l’apparition des transports, la proximité géographique des denrées périssables n’est plus nécessaire, et les ceintures maraichères des villes tendent à s’urbaniser de plus en plus. S’ajoute à cela une baisse des besoins en main d’œuvre dans la production agricole, due à la mécanisation des récoltes ou à la délocalisation des productions fruitières, et par conséquent, un exode rural important. Les années 1930 marquent un tournant majeur : la population de la ville égalise la population rurale en France, et l’écart ne cessera alors de se creuser. Nous nous sommes donc acheminés vers un éloignement de la production que de nombreux mouvements aujourd’hui tentent de résorber.

Les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) et autres circuits courts se développent de plus en plus en milieu urbain et périurbain. Outre le lien social créé, les locavores 130418flyer_locavoreconsidèrent que les légumes soient produits à proximité réduit leur empreinte carbone car les temps de trajets et le cout économique et écologique du transport est considérable réduit. Des économies sont également réalisées sur le conditionnement et la conservation (containers, frigo, cagettes) ce qui joue un rôle majeur fraicheur des produits, et par conséquent sur leur gout. Une importance bien plus grande est accordée à la saisonnalité et au caractère local des fruits et des légumes : fini les tomates sous serres, et plus question de manger des fraises en hiver ! L’intérêt du « produire sur place » permet aussi d’avoir une parfaite traçabilité des produits, ce dont les consommateurs sont de plus en plus demandeurs suites aux séries de scandales alimentaires de ces derniers mois.

    Vers plus d’espaces de nature (comestible) en ville

Le manque de place en ville pour l’implantation d’arbres fruitiers ou de potagers est inéluctable. Mais paradoxalement, le besoin de nature en ville se fait de plus en plus prégnant chez les citadins, et les collectivités accordent une grande place aux espaces verts dans leurs politiques d’aménagement du territoire, que ce soit à petite échelle (la floraison des ronds-points par la commune) ou à l’échelle plus importante de l’agglomération (l’opération « 55 000 ha pour la nature » lancé par le président de la communauté urbaine de Bordeaux l’année dernière). Certaines associations, dont le collectif Vergers Urbains à Paris, militent pour le développement d’une ville « comestible » où les arbres de la ville n’auraient plus simplement une fonction esthétique, mais également nourricière. Mettre des cultures alimentaires en ville serait donc une façon de repenser le verdissement (ou plus souvent le reverdissement des villes). Cela pose problème aux collectivités, non seulement d’un point de vue de l’entretien et de la sécurité, mais également de l’appropriation des espaces publics et des arbres qui la composent : les fruits vont-ils être ramassés (et par qui ?) ou tomber et pourrir sur le trottoir, risquant ainsi de faire glisser les passants ? Les qualités esthétiques des arbres fruitiers sont, en outre, loin d’être négligeables : un cerisier en fleur n’a effectivement rien à envier à un frêne taillé. Le bémol est que cette culture comestible est beaucoup moins maitrisable, mais la question de la maitrise de la nature est un autre débat.

    Une biodiversité repensée

D’un point de vue purement écologique, l’introduction, ou la réintroduction de nouvelles espèces arboricoles en ville serait favorable au renforcement d’une biodiversité ordinaire. Si tout le monde s’accorde à dire que la nature en ville est un élément fondamental, tant d’un point de vue esthétique qu’environnemental, les plantes qui ornent nos villes ne traduisent pas qu’une diversité biologique médiocre. Dans son ouvrage Reconquérir les rues(1), Nicolas Soulier met l’accent sur le fait que les espaces verts des villes sont bien souvent des espaces « stérilisés ». Les pelouses sont tondues et les buissons taillés de façon à ce que rien de pousse et ne laisse qu’une impression de vert sans vie. Or ces espaces sont les plus nombreux en zones urbaines et périurbaines, ne poussant d’ailleurs pas sans le recours à des produits phytosanitaires. Pour Nicolas Soulier, la pelouse est « le rêve de ce qui ne se passe pas », une façon d’occuper l’espace mais sans véritable bénéfice social ou sanitaire. Les collectivités tentent aujourd’hui de se démarquer de ce « béton vert » en laissant place à une nature en ville plus spontanée et sans engrais chimiques, mais ces espaces sont devenus presque aussi artificialisés que des zones bétonnées. Introduire des plantes comestibles aurait pour effet d’accroitre la diversité floristique, mais aussi faunistique en nourrissant les espèces présentes en ville (les oiseaux, pour la plupart).
Les jardins partagés, potagers sur les toits ou toutes les autres formes que peuvent prendre l’agriculture urbaine introduisent non seulement des espèces qui n’ont pas, ou plus, coutume d’être en milieu urbain, mais également des espèces rares de légumes ou de fruits que l’on ne cultive quasiment pas ailleurs. A titre d’exemple, Nicolas Bel, dont l’action sera présentée ultérieurement, cultive sur les toits d’Agro Paris Tech une variété de tomates extrêmement molle, et absolument intransportables, donc non commercialisable. Elle peut être cultivée en ville du fait de son hyper proximité avec le consommateur. D’autre part, il y a dans la préservation de ce type de plantes un intérêt patrimonial fort. Enfin, la structure des potagers urbains et la diversité biologique qu’ils accueillent est une véritable richesse qui peut être intégrée dans le tracé d’une trame verte au cœur de la ville.

    Revenons à nos moutons : les bénéfices de l’agriculture en ville

2013-04-20 13.25.29L’agriculture en ville, loin d’être un non sens, pourrait contribuer à une gestion intelligente des espaces publics. Certaines collectivités font parfois appel à des moutons pour entretenir les espaces verts de leur commune. L’association Clinamen, qui élève un troupeau de moutons en ville dans le département de la Seine Saint Denis, met l’accent sur le fait que « contrairement à une tondeuse, un mouton, ça réfléchit ! » : il ne se contente pas brouter l’herbe qu’il a sous le nez, mais il fait une sélection des plantes dont il a besoin. Ainsi, il broutera le gazon et les mauvaises herbes, mais laissera de coté les fleurs et les plantes d’agréments cultivées pour leurs qualités esthétiques. Cette gestion, en plus de son intérêt écologique, permet d’avoir un gazon bien taillé mais parsemé de fleurs.
Certains ne verront dans cet exemple qu’une anecdote amusante et une façon « ludique » d’entretenir un jardin public en introduisant un mouton, ce qui fera, un temps, le bonheur des enfants. Mais les bénéfices de l’agriculture urbaine se mesurent bien au-delà de cela. En leur temps, les agriculteurs de la ceinture maraichère périurbaine avaient une fonction régulatrice, en étant directement connectés avec la ville. Ils récupéraient les déchets urbains et les eaux usées pour l’épandage. Aujourd’hui, les déchets verts de la ville sont excessivement nombreux et, la plupart du temps, non réemployés, alors qu’ils sont la base du compost naturel. Il y a actuellement une dissociation entre lieu de production du compost et lieu de consommation que l’agriculture urbaine pourrait rééquilibrer. L’agriculture en ville, mais plus largement la nature en ville sous la forme de toitures ou de murs végétalisés, peut avoir également un intérêt environnemental fort au niveau des bâtiments. En effet, une toiture « jardin », bien conçue et bien entretenue a un effet isolant non seulement thermique (elle permet de garder la chaleur l’hiver et baisse la température en été de 1 à 3 °C) mais également phonique, avec un volume sonore diminué de 2 à 5 décibels selon une étude de Raphaël Lamé. Le coût en énergies ainsi économisé est loin d’être insignifiant(2).

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