Après le diner locavore, une semaine locavore en Ile-de-France ou les aventures alimentaires d’une journaliste

Locavore-carteDepuis quelques mois, Quartiers en Transition organise, avec la coopérative alimentaire L’Indépendante, Marché sur l’Eau et le Festival des Utopies Concrètes, des dîners locavores.

Ces rendez-vous sont une occasion conviviale d’appréhender l’ensemble de questions liées l’agriculture en générale,  autour du modèle agricole que nous voulons, de la relocalisation, de la biodiversité mais aussi évidement de l’alimentation.

C’est aussi ce qui a guidé la journaliste Marie Astier qui pendant une semaine, a de son côté tenté l’expérience de ne manger que local et donc francilien, dans un rayon de 160 km autour de chez elle. Elle raconte ce qui tient véritablement de l’aventure alimentaire sur son blog « Guide du mangeur averti » et qui au bout du compte démontre que l’Ile-de-France, malgré ses 53% de surfaces agricoles, est une région où l’autonomie alimentaire tient encore de l’utopie.

En cause ? La politique agricole développée depuis 50 ans qui a spécialisée chaque région française. Et la spécialité francilienne, ce sont les céréales qui couvrent 90% des surfaces agricoles  avec des exploitations gigantesques  atteignant en moyenne 131 hectares contre 81  hectares pour le territoire national, là aussi en moyenne. Difficile dès lors pour le maraichage ou l’élevage de se faire une place et par voie de conséquence, pour les franciliens, de se nourrir local. Comme le souligne Marie Astier en conclusion de ses sept jours d’aventure locavore : « ce serait plus facile si j’habitais ailleurs qu’à Paris« .

Un constat qui est une raison supplémentaire de continuer à encourager une autre agriculture, c‘est aussi le sens des dîners locavores. Une autre agriculture  loin de celle que l’Europe veut nous imposer et que les gouvernements français successifs ne semblent pas prêt à remettre en cause, sous le poids des lobbies agro-alimentaires et des syndicats productivistes.

A noter d’ailleurs que le 31 mai et le 1er juin prochain, Quartiers en Transition participera aux cotés d’autres associations dont notamment Vergers Urbains ou Agir Pour l’Environnement, à la grande manifestation de la Confédération Paysanne  : une ferme à Paris, place Stalingrad dans le 19ème.

Quartiers en Transition vous propose ci-dessous son billet qui relate son premier jour, la suite est donc à découvrir sur son site : http://guidedumangeur.blogspot.fr/

LOCAVORE / J1 : Le jour où j’ai cru que j’allais mourir de faim

A partir de ce vendredi 26 avril 2013, je mange locavore pendant une semaine. Cela signifie que je me nourris uniquement de produits qui ont poussé et qui ont été transformés à moins de 160 km de chez moi, c’est à dire Paris.
La zone des 160 km autour de Paris…
Avant de commencer la semaine, j’ai fait le tour de mes placards : en gros, soit l’origine des produits n’est pas indiquée, soit ils viennent de trop loin. Il n’y a que deux choses que j’ai le droit de manger : un reste de farine de blé de la famille Rochefort, à une centaine de kilomètres de Paris et de la tisane de Milly-la-forêt (la ville est connue pour ses plantes médicinales).

Dès jeudi, j’ai donc commencé à m’inquiéter. Je sais que Naturalia vend du pain bio d’Ile-de-France. Avec une bonne grosse miche d’un kilo qui se conserve une semaine, me voici rassurée. Pour mon premier matin locavore j’avais au moins ça à manger, plus la tisane de Milly… Mais rien pour agrémenter le pain. J’avoue que ce fût un petit-déjeuner un peu triste.

 Je sors donc faire des courses. Première étape, l’épicerie « Terroirs d’avenir » : ils proposent quelques légumes d’Ile-de-France (poireaux, cresson, oignons…). Par contre grosse déception dans leur boucherie : le jeune boucher m’apprend que presque toute sa viande vient du Sud-Ouest… « C’est un bon terroir pour les viandes, là-bas les animaux pâturent, c’est bien meilleur! » J’insiste : n’a-t-il pas, par exemple, du bœuf de Normandie, ou du nord de la Bourgogne?130418flyer_locavore

    « On a cherché, répond-t-il, mais ils ne correspondent pas à nos critères de qualité, on vend de la viande qui n’a mangé que de l’herbe, du fourrage… Vous voyez, quand vous êtes sur la route, les gros silos au milieu des champs? Ils leur donnent ça à manger aux bêtes. On n’a pas trouvé un seul producteur en Normandie ou en Bretagne qui ne le fait pas! »

Résultat selon lui : il ne me reste qu’à oublier la viande pour une semaine…

Étape suivante : le magasin bio, il y a un Bio C Bon à deux pas. Je fais le tour des rayons mais à chaque fois, ou c’est trop loin, ou la provenance n’est pas clairement indiquée. Je ressors le panier vide, déprimée : je me dis que je ne vais manger que du pain et du cresson à la tisane.

Je teste ensuite un fromager, au hasard:
« – Bonjour, je suis à la recherche de fromage d’Ile-de-France…
– Ile-de-France? Vous voulez dire du fromage français?
– Non, je veux dire du fromage produit pas trop loin de Paris… Du brie de Meaux par exemple?
– Oui, on a du brie de Melun et du brie de Meaux. Mais rien d’autre… »

J’ai eu presque la même réaction quand j’ai prononcé le mot « Ile-de-France » chez le boucher, idem chez le boulanger. J’en déduis que quand on pense aux produits du terroir, ils peuvent venir d’Auvergne, du Sud Ouest, de Provence, d’Alsace, de Normandie, du Nord… Mais l’Ile de France ne fait pas partie des terroirs répertoriés dans l’imaginaire français. Ce n’est pas considéré comme un lieu où l’on produit de la nourriture.

Puis direction le marché, mais pas n’importe lequel : un où il y des producteurs. Je trouve des pommes de Seine-et-Marne, des œufs de l’Oise et du miel de Paris. J’aurai de quoi tartiner mon pain le matin!

Bon, en fait ce n’est pas du miel de Paris, mais du miel de Chantilly. Il était moins cher et reste dans la zone autorisée…

Enfin, je suis sauvée par une Biocoop. Le magasin a même des étiquettes « produit local » quand ça vient de moins de 150km de Paris (pour la production ET la transformation bien sûr). Voir sur les photos le produit de mes courses : maintenant, je sais que je ne vais pas mourir de faim!

Il y a à manger…

… et il y a à boire.

 Quelques réflexions à l’issue de cette première journée locavore :

– Paradoxe n°1 : plus ça a été produit près de chez moi, plus c’est cher. Manger locavore c’est du luxe! (C’est un peu moins vrai pour les légumes).

– Paradoxe n°2 : plus ça a poussé près de chez moi, plus c’est compliqué à trouver dans les commerces classiques. Finalement un locavore peut se nourrir avant tout grâce au marché (mais je le répète, un marché où viennent des producteurs) et aux Biocoops (ce sont les seuls magasins bios qui intègrent des critères de distance dans le choix de leurs produits).

– Paradoxe n°3 : les bouchers, boulangers, fromagers, bref les petits commerçants de la rue d’à côté ne connaissent pas le concept de manger local. Même les meilleurs, même quand ils font attention à la provenance de leurs produits, pour eux la distance entre les lieux de production, de transformation et de vente ne semble pas être un critère.

– Paradoxe n°4 : il ne fait pas si bon habiter en Ile-de-France quand on est locavore. Le département est beaucoup plus agricole que ce qu’on imagine, certes. Mais il est dominé par l’agriculture industrielle. Les grandes plaines à blé et betteraves qui entourent la capitale servent à alimenter l’industrie agroalimentaire, pas à nourrir les franciliens.

2 réflexions sur “ Après le diner locavore, une semaine locavore en Ile-de-France ou les aventures alimentaires d’une journaliste ”

  1. La meilleure façon d’être locavore est de se rapprocher d’une amap. Pour moi c’est possible d’être locavore (et manger de saison et bio) pour les légumes, le pain, le fromage, les œufs, les farines, le porc, le bœuf, le veau, le poulet & la pintade, la bière, les huiles, le miel, la charcuterie; si on va aux cueillettes alors on peut rajouter les fruits de saison (non bio). Le tout sans se ruiner et à moins de 100 km de Paris.

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