Le pic pétrolier est atteint, confirmation de l’ASPO

L’origine du mouvement de la transition, qui a vu le jour à Totnes en Angleterre, tient en deux constatations et une proposition : le pic pétrolier et le changement climatique sont déjà là, il nous faut donc bâtir une société et des villes résilientes, capables de résister à ces futurs chocs, à la fois sociaux, économiques et environnementaux.

Alors que pétromonarchies et industries pétrolières ont toujours cherché à sous estimer voir à contester l’existence de ce pic pétrolier, l’ASPO, l’Association d’Etude du Pic Pétrolier, a confirmé (voir l’article ci-dessous) en ouverture de son congrès le 30 mai dernier que « la production de pétrole – non conventionnel inclus – est entrée depuis 2005-2006 dans une phase de plateau instable. Les cent plus grands champs pétroliers, qui fournissent 45% du brut de la planète, donnent des signes de faiblesse, la taille moyenne des puits est en diminution« .

Cette réalité rend d’autant plus urgente la transition. Une transition dont ce blog rend régulièrement compte à travers les multiples initiatives et alternatives locales, à Paris, dans les quartiers mais aussi en Ile-de-France.

Actu-Environnement : Dix ans après sa création, l’ASPO confirme le pic pétrolier

Les faits semblent donner raison à l’Association d’étude du pic pétrolier. La production annuelle de pétrole conventionnel a amorcé une décrue depuis 2006, tandis que le baril est à plus de 100 $ en continu depuis un an, situation sans précédent.

En ouverture de la conférence de l’ASPO à Vienne (Autriche), le 30 mai, son président, Kjell Aleklett, professeur de physique à l’université d’Uppsala en Suède, en appelle à « déployer un matelas d’amortissage », car l’atterrissage risque d’être plus brutal que ce qu’annoncent les économistes : « Les lois de la physique sont plus fortes que les lois de l’économie ». La production de pétrole – non conventionnel inclus – est entrée depuis 2005-2006 dans une phase de plateau instable. Les cent plus grands champs pétroliers, qui fournissent 45% du brut de la planète, donnent des signes de faiblesse, la taille moyenne des puits est en diminution. Sur le front offshore, les compagnies pétrolières développent des forages de plus en plus profonds, dont l’emblème est la plate-forme de Deep Water Horizon associée à la tragique marée noire de 2010. Certains forages, comme Jack-2 dans le Golfe du Mexique, atteignent une profondeur équivalente à la hauteur du Mont Everest. Des cimes technologiques sont désormais nécessaires pour aller chercher le précieux liquide.

Fin du plateau

D’année en année, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a été obligée de revoir ses prévisions à la baisse : dans le World Energy Outlook de 2004, elle annonçait que la production de pétrole atteindrait 121 millions de barils par jour en 2030. Or celle-ci stagne aujourd’hui autour de 85 millions de barils par jour. Dans ses rapports ultérieurs, les chiffres de l’AIE sont sensiblement plus modestes. En 2030, estime aujourd’hui l’Agence, la production mondiale sera d’autant de barils qu’aujourd’hui, mais sur la base de ressources qui restent à découvrir. Entre temps, un décrochage aura eu lieu, car la courbe du pétrole brut aura commencé à décroître. L’ASPO se penche sur cet écart entre les découvertes hypothétiques et la déplétion réelle des plus grands champs pétroliers et gaziers de la planète.

Quand ce décrochage aura-t-il lieu ? Selon le physicien américain Robert Hirsch, ancien directeur de la prospection pétrolière chez Exxon, l’événement est imminent : il aura lieu autour de 2013-2015. A ce moment-là, le plateau instable des énergies fossiles arrivera à son terme, et entamera une décrue de 5 à 7% par an, dont les effets sur l’économie mondiale seront immédiatement sensibles. La courbe de la production de pétrole descendra d’autant plus rapidement que les grands pays dits émergents voudront augmenter leur consommation d’énergie. Le monde, dont l’énergie est fournie à 85% par les fossiles, sera confronté à des turbulences et des tensions comparables à celles qui ont accompagné les chocs pétroliers de 1973 et de 1980. A ceci près que, cette fois, il s’agit d’une évolution géologique irréversible et non pas d’une décision provisoire des pays de l’OPEP de fermer les robinets. Face à une telle urgence, les gouvernements devraient déjà préparer leurs populations à être confrontés à des pénuries.

Le Peak Oil, sujet tabou

L’ASPO a été co-fondée en 2002 par les géologues Jean Laherrère et Colin Campbell, auteurs d’un article remarqué annonçant la fin du pétrole bon marché, publié dans Scientific American en 1998. Cette société savante se fonde sur les données fournies par certaines compagnies pétrolières comme l’annuel BP Statistical Review of World Energy et sur des compilations collaboratives élaborées par des experts et géologues indépendants, tels que Jeremy Gilbert, entré comme ingénieur de production chez BP en 1964 et aujourd’hui directeur d’une entreprise spécialisée dans l’audit pétrolier. Celui-ci regrette qu’en dix ans, l’ASPO n’ait pu obtenir le concours des compagnies pétrolières, alors que le message de l’imminence du pic commence à être perçu par le grand public : « Nous n’avons toujours pas d’accès à des données détaillées sur les champs pétroliers, l’industrie pétrolière refuse de débattre avec nous ».

Reste que les compagnies pétrolières gardent les données « sous le paillasson », alors qu’il s’agit d’informations cruciales pour l’avenir. La principale source en la matière, l’IHS, détaille l’état de chaque champ et de chaque réservoir de la planète. L’IHS a pris la suite de la société Petroconsultants, première base de données indépendante sur les ressources pétrolières fondée à Genève dans les années soixante. L’IHS est d’usage payant – acquérir la totalité des données de cette base peut coûter jusqu’à un million de dollars. Autant dire qu’elle ne sert qu’aux compagnies elles-mêmes, et à quelques transfuges sachant les décoder.

Possibles pannes du système

Pour sa dixième conférence à Vienne, l’ASPO a invité l’OPEP, sise dans la capitale autrichienne, et l’AIE. Les deux organisations ont décliné l’invitation. C’est que l’ASPO pose des questions gênantes. Les gigantesques quantités d’énergie nécessaires au fonctionnement des sociétés industrielles semblent couler de source, tant elles sont imbriquées dans le système. La plupart des économistes eux-mêmes semblent ne pas prendre en compte cette part physique du système ni anticiper son inéluctable contraction. L’univers de la « Big Energy » est verrouillé et influent. Aux Etats-Unis, selon le professeur de géostratégie Michael Klare, c’est l’industrie pétrolière qui domine traditionnellement la politique et empêche la transition énergétique. Elle sait aussi déployer ce que Jeremy Leggett, spécialiste britannique des énergies renouvelables, estime être une propagande anti pic pétrolier, « faisant passer chaque découverte de champ de gaz de schiste pour un nouveau Qatar ».

Que se passerait-il si l’ASPO avait raison ? Comment les sociétés réagiront-elles si elles sont plus rapidement confrontées que prévu par les institutions officielles à une flambée du prix du baril, voire à des pénuries qui pourraient avoir des conséquences sur l’approvisionnement à la pompe, sur la chaîne alimentaire, sur les transports et sur l’ensemble de la production industrielle ? Pour Dennis Meadows, principal auteur du fameux rapport du Club de Rome Limits to Growth paru en 1972, « nous avons construit un système fondé sur l’assomption de ressources illimitées, et nous commençons à être confrontés aux premières pannes d’approvisionnement, sans vraiment encore prendre la mesure de la dépendance de nos sociétés à l’énergie. A ce stade, nous avons rassemblé suffisamment de données. Maintenant il faut agir ».

Agnès Sinaï

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