La Croix : « A la rencontre des consommateurs engagés »

 La Croix, dans son édition du 16 février, publie un bel article sur L’Indépendante, la coopérative alimentaire autogérée du 18ème arrondissement. Une expérience qui fait dire à Lionel, interrogé par le journaliste du quotidien que « Quand il n ‘y a plus personne entre moi et le producteur, j’ai l’impression de me faire un cadeau et un cadeau à l’autre ». A lire ci-dessous et rendez-vous également sur le site de la coopérative : http://www.lindependante.org/.

« Bonjour, c’est ici que vous vendez des produits bio ? » demande un couple à l’allure joviale. L’assistance sourit de l’ignorance des nouveaux venus. « Ce n’est pas un endroit où on vient acheter comme ça. Nous sommes une coopérative autogérée à fonctionnement horizontal », répond l’un des fondateurs de l’association, Hervé Krief. « Il faut être adhérent de la coopérative pour acheter, poursuit-il. On doit échanger, mette en place la logistique. On se réunit aussi pour réfléchir, débattre, manger, faire la fête. » Le couple est pressé. Il le dit et le répète. Mais il choisit finalement de s’asseoir un moment. L’ambiance est chaleureuse. Décontractée.

Bienvenue à « L’indépendante », la première coopérative alimentaire et solidaire de Paris. Cette épicerie vraiment pas comme les autres a été lancée à la rentrée 2011 par 45 Parisiens dans le 18ème arrondissement de la capitale.

Le principe ? Chaque membre peut acheter de la farine, de l’huile, des pâtes, du savon et autres produits non frais. Les articles sont ensuite commandés directement à des petits producteurs détachés de l’agriculture intensive. Les clients sélectionnent des promoteurs du bio qui habitent l’Île-de-France, de préférence, limitant ainsi les dépenses énergétiques occasionnées par des transports sur de longues distances. Puis ils s’organisent à tour de rôle pour réceptionner la marchandise et la stocker dans un local du 18ème arrondissement. Chaque adhérent cotise entre 2 et 7 euros par mois. Une partie de l’argent aide financièrement les membres de l’association les moins fortunés qui ne peuvent pas toujours se payer des articles aux prix plutôt élevés. Autre originalité, la coopérative fonctionne en autogestion. Il n’y a pas de chef, de secrétaire permanent. Les réunions sont hebdomadaires, les décisions sont prises à l’unanimité, et chacun est invité à mettre la main à la pâte. Ici, le consommateur s’engage, réfléchit au sens de ses achats, à leur impact sur l’environnement, et cela prend du temps.

À L’Indépendante, il y a des étudiants et des retraités, des pères de famille et des célibataires, des chômeurs et des cadres. La plupart ont un solide bagage culturel. « Ce sont des gens qui viennent d’horizons très divers », résume Hervé Krief. Ce musicien de profession, une vingtaine d’albums à son actif, est l’un des animateurs de l’association. Pendant vingt ans, son engagement dans la société se résumait à ses chansons. Après la crise de 200S, l’artiste a cherché une forme de militantisme plus direct.

Avec une interrogation : comment amorcer au quotidien un processus de changement de notre société? Ce fils d’immigrés a regardé à droite et à gauche. Étudié des expériences prônant une vie sans pétrole en Angleterre, Participé aux assises de la transition en France. Visité des coopératives d’achat en Bretagne, la région française la plus en pointe en la matière. « Inscrit dans une Amap, je fournissais ma famille en pain fromages, viandes, légumes et fruits. Mais je voulais sortir complètement du circuit des supermarchés qui fournissent des produits de mauvaise qualité et fabriquent de la précarité. Plutôt que de manifester dans la rue. Nous préférons boycotter les grandes surfaces, et donner notre argent à ceux qui produisent ce que nous mangeons. Nous tissons ainsi des liens. »

La dimension humaine de la coopérative, c’est justement ce qui a poussé Monique à rejoindre le projet. Pendant longtemps, cette psychologue faisait ses courses dans les magasins bio de la chaîne Naturalia. Elle préfère aujourd’hui éviter. « Ils bousillent la nourriture qu’ils jettent pour empêcher les gens de faire les poubelles, s’insurge-t-elle, Ils ont récupéré un concept pour faire du fric. » À ses yeux, L’indépendante est au contraire un outil qui aide à reprendre du pouvoir sur son mode de consommation.

Une forme de consommation solidaire

« On a tous les pouvoirs quand on achète », martèle de son côté Lionel. Ancien directeur de marketing dans la mode, son travail consistait à inciter les femmes « à s’acheter des sacs jetables ». Il gagnait près de 5000 euros par mois. Un beau jour, le jeune homme a tout laissé derrière lui : les vacances à Ibiza, les chaussures à 300 euros, les clubs à la mode. Aujourd’hui, il est jardinier à Paris à 1 500 euros par mois. Le plaisir d’acheter, il le trouve désormais à travers la rencontre avec l’artisan ou le paysan. « Quand il n ‘y a plus personne entre moi et le producteur, j’ai l’impression de me faire un cadeau et un cadeau à l’autre », précise-t-il.

La coopérative est abritée par la Maison verte, un centre d’entraide géré par une communauté protestante. C’est le pasteur Stéphane Lavignotte qui a ouvert ses portes à l’association. Il en est même adhérent. À ses yeux, le projet participe de la construction d’un monde plus juste, dans la droite ligne du christianisme social. La pièce où sont stockés les articles a d’ailleurs été baptisée salle Tommy Fallot, en hommage au pionnier du christianisme social dans le mouvement protestant français. « La coopérative cherche à s’ouvrir aux familles populaires qui fréquentent la Maison verte, se félicite le pasteur. C’est une forme de consommation solidaire. »

Stéphane Lavignotte est un consommateur engagé de longue date. Lui et sa femme utilisent l’électricité d’Enercoop, un fournisseur d’énergie renouvelable créé par des acteurs de l’économie solidaire. Quitte à payer plus cher sa note électrique à la fin du mois. Le couple a également placé ses économies à la NEF, une société coopérative de finances solidaires. Les vêtements ? « On essaie de les faire durer le plus longtemps, s’amuse-t-il. J’ai ressemelé deux fois mes chaussures. » Le couple mange enfin très rarement de la viande qui exige beaucoup d’énergie pour être produite. Il n’achète jamais de plats tout faits. « Tout le monde cuisine à la maison, raconte-t-il. Même nos deux filles rivalisent pour faire de nouvelles recettes. Mais on ne les empêche pas de manger avec leurs copines chez McDo. »

OLIVIER TALLÈS

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